
Je me souviens...
Tes mains couraient le long de mon corps nu.
Leur course aérienne, d'une douceur de soie
Dressait un voile de volupté sur ma peau dévoilée,
Ma chair se faisait bourrue et se muait en parchemin.
Ma peau se souvient...
Tes mains la cognaient les soirs d'ivresse.
La morsure de tes poings,
La piqûre de tes mains,
La rendait propre au chagrin.
Maintenant elle ne se souvient que de l'horreur
De tes mains ensanglantées d'avoir trop frappé
Et de l'odeur de la peur qu'elles lui ont révélé.
Tu partais pour un océan de lumière,
Des fleurs au coin des yeux.
Le vent, sur ton visage lunaire
Glissait pour ébouriffer tes cheveux.
Et ta bouche qui jouait à sourire
A la vue d'un met délectable
Tes chants, tes cris, tes soupirs
L'animait pour un instant remarquable.
Tes longues marches, tes errements,
C'étaient une ruse, un artifice.
Une roublardise de gitan
Pour tromper les maléfices.
Tu dressais ta figure
D'un air plein de défis.
Toisant les créatures
Qui ignoraient ton esprit.
Tu partais pour un océan de lumière
Des fleurs au coin des yeux.
Tu dors dans la nuit polaire
Ton étoile brille de mille feux.
A Marianno.

Je pars dans locéan décume
Quittant mon port du bout des lèvres,
Vieux gréement sans amertumes,
Je vole sur des vagues dorfèvres.
De grands vaisseaux blancs et criards,
Accompagnent bruyamment mon départ.
Ils frôlent mes voiles de leurs plumes
Comme la caresse du vent sur les dunes.
Le bois craque,
Ma coque griffe
Ce grand cloaque
Qui mébouriffe.
Le large enfin déroule son horizon
Jusquaux Amériques puis les îles Salomon.
Plus tard viendra la Polynésie, larchipel des Tuamotu
Pour franchir le Cap Horn, le Cap des fous.
Mon mât se mettra au diapason
Du tropique du capricorne
Nous naviguerons ton sur ton
Jusquà lAfrique et sa corne.
Le vent siffle
Les voiles claquent
Ma coque gifle
Les vagues attaquent.
Le pont ruisselle dembruns blafards
Lécume sétale en étendard,
Je tangue et roule sauvagement,
Dans les ornières de locéan.
Et quand le soleil crève les nuages oppressants
De ses traits obliques de lumières dégoulinantes
Je vogue sous les rayons ardents
Jusquà mon île, mon port de Nantes.
Tout dabord,
Se saisir dun parchemin à la blancheur virginale,
Contempler son grain,
Promener son regard.
Caresser de ses mains la douce âpreté du vélin.
Sentir son odeur glisser dans les narines
Et chatouiller les muqueuses dun effluve alcalin.
Ensuite,
Se saisir dun pinceau à lallure docile,
Le tremper un instant,
Quil se gorge du pigment.
Cajoler le papier de cet instrument futile
Quil sabreuve du nectar,
Sen nourrisse et exalte laccomplissement.
Puis,
Se saisir dun bonheur,
Dun petit moment heureux,
Se rappeler cet instant de félicité
Et le coucher sur le papier.
Le border délicatement,
Lembrasser sur le front.
Enfin,
Remonter les couvertures,
Lui remettre sa peluche,
Ranger les jouets en pleine rébellion.
Ne plus faire de bruit, faire taire les perruches,
Vérifier le sommeil du petit bouchon,
Après, seulement quand tout est terminé,
Eteindre la lumière.


Duvet noir.
Huile sur bois.
Delphine Priollaud.
Dabord
Commencer par peindre une caresse !
La plume doit être son guide !
Elle doit provenir dun oiseau lyre
Pour quelle saccorde avec sagesse
A ces mots doux quune humeur languide
Professe sans cesse dans un délire !
Puis
Envelopper cette caresse dans un nuage de parfum.
Le nuage devra être vaporeux et volatile,
On doit suivre la caresse à son sillage !
Ensuite
Laisser sécher pendant tout un chagrin !
Faire revenir les souvenirs les plus doux !
Laisser la plume courir sur la joue !
Enfin
Le mieux est d'attendre que les yeux s'illuminent !
C'est ainsi quune caresse se termine !
Caresse.
Rémi Zanatta.

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