
Il fait froid dans le désert. La nuit glacée remplit le cœur du petit homme bleu. Il scrute avec attention les milliards d’étoiles qui scintillent au-dessus de lui. Il a envie d’être seul. Il s’est éloigné des siens qui se sont rassemblés autour d’un grand feu. Ce soir, c’est sa nuit.
Perché au sommet de la dune, il repense à son rêve. Il le rend tellement différent des autres.
Petit homme bleu rêve d’avoir un ami pour lui tout seul. Un petit homme lui aussi, qui viendrait des étoiles. Un petit homme qui saurait prendre soin d’une rose et qui saurait apprivoiser un renard.
« Absurde ! » ne cesse-t-on de répéter autour de lui. « Ce n’est qu’une histoire et rien de plus ! Tu ferais mieux d’aider ton père à garder ses chèvres ! ».
Il contemple les étoiles et croit apercevoir l’allumeur de réverbère dans la constellation du cygne. C’est une étoile filante ! L’apparition ne dure qu’une fraction de seconde.
Puis tout s’apaise. Tout redevient immobile. L’éternité a de nouveau repris sa place dans l’univers. Tout fonctionne à merveille.
Perché au sommet de la dune, petit homme bleu voudrait un ami différent des autres. Un cœur simple et sincère.
Derrière lui une petite voix retenti comme un souffle : « S’il te plaît ! Dessine-moi un mouton ! ».
« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve ».
Antoine de Saint-Exupéry.

Quelque part dans la Somme, 11 novembre 1917,
Ma mie, mon Aurélie,
Cette lettre, je te l’écris avec la peur au ventre et l’excitation à fleur de peau. Demain, nous attaquons. Mes camarades et moi avons reçu cette nouvelle avec soulagement mais aussi avec crainte.
Avec soulagement, car cela faisait plusieurs jours que nous baignions dans l’inactivité. L’atmosphère devenait tendue, notre inutilité était insupportable et nous sombrions dans une oisiveté désespérée où la folie aurait pu nous servir de refuge. Hier, Pierre a craqué. Pierre, c’était un gamin de Paname, un vrai titi. Tu l’aurais vu quand il est arrivé dans la tranchée ! Il nous faisait bien rire. Il faisait son numéro d’imitation et reproduisait nos gestes et nos expressions. Sa cible favorite, c’était le lieutenant. Faut dire que ce dernier avait de superbes bacchantes qu’il entretenait avec le plus grand soin, il était toujours en train de les lisser, et pour couronner le tout il avait un tic à son œil gauche, on avait toujours l’impression qu’il lançait des clins d’œil à tous ceux qu’il croisait. Mais hier, Pierre a craqué. Il en pouvait plus d’attendre. Il en pouvait plus d’être ici, sans rien faire, à la merci d’une attaque des boches, à la merci des gaz mortels, englué dans la boue, entouré par des cadavres, leur odeur, l’odeur de la boue, l’odeur de la poudre, la pluie, l’humidité, rien ne sèche ici, il fait froid. Pierre a craqué. On l’a tous vu. Il était accroupi, ou plutôt prostré, les yeux rivés sur le sol, dans le vague. Soudain, il a brusquement levé la tête dans une expression de stupeur enfantine, puis, il s’est levé, il a pris son fusil et il s’est élancé par-dessus la tranchée en hurlant comme un fou en direction des lignes ennemis. On l’a tous vu. Après avoir parcouru quelques mètres, des rafales ont retenti, Pierre a été atteint simultanément de plusieurs balles dans la tête, la gorge et l’abdomen. Quelques instants plus tard, nous avons agité un drapeau blanc. Les boches ont bien voulu nous laisser récupérer son corps. Son visage était méconnaissable. Tu vois Aurélie, la guerre, ça te forge un homme, mais ça t’esquinte un gamin !
La crainte, elle, vient du fait que l’eau, la boue, le froid, s’insinuent partout. Nos vêtements semblent mouillés pour l’éternité. La pluie tombe sans arrêts, elle forme des rigoles au-dessus des tranchées, ces rigoles tombent à l’intérieur et les remplissent peu à peu d’une eau terne et froide. Le fond est boueux, nous nous embourbons tous. Certains y laissent leurs guêtres et passent un temps fou et une énergie folle à les récupérer. Comment attaquer dans ces conditions ? Ce qui nous console, c’est qu’en face, il y a de grandes chances pour qu’ils subissent les mêmes affres. Peut-être qu’eux aussi doutent ? Peut-être qu’eux aussi ont peur, ils veulent que la guerre se termine pour pouvoir rentrer chez eux. Ma mie, si tu savais comme je donnerais cher pour être près de toi et des enfants. Le petit Paul marche t’il maintenant ? Et Colette ? A-t-elle perdu sa première dent ? La maison me semble loin. Pourtant, je vous vois tous devant notre porte, sur la terrasse baignée de soleil. Le printemps arrive, les bourgeons sortent de leur gangue de verdure, je vous embrasse, je serai bientôt là.
Ton Jean.
« Je hais la guerre mais j’aime ceux qui l’ont faite » Dorgelès.

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Je compte transformer mes droits d'auteurs en paquets de bonbons !
Préambule : cet espace n'est pas autorisé à Alexandre et je lui en demande pardon ! ;o))
L’épaule dorée offerte aux baisers,
Au début, il lui manquait de temps en temps. Il lui suffisait alors de s’efforcer à penser à autre chose. C’était assez facile ! Ces efforts de fuite étaient d’ailleurs aisés et sans encombres. C’était l’époque de l’insouciance, du sérieux mal dégrossit. Son potentiel d’amour était limité par sa capacité à butiner tout un parterre de fleurs chatoyantes et odorantes.
Puis, peu à peu, ses pensées vagabondèrent dans la même direction.
Elle se surprit à ressentir l’envie de partager les moments de sérénités, de bonheur, et lorsqu’elle se sentait partir en glissant vers la mélancolie, elle aurait voulu s’accrocher à des lèvres pour ne pas sombrer.
Maintenant, la violence de l’absence se faisait plus cru. Elle la ressentait jusque dans sa chair. Elle laissait de longues traînées de griffes dans son ventre. Sa respiration devenait difficile, l’air qui envahissait sa poitrine se faisait alors abrasif. Il déchirait sa gorge et asséchait sa bouche.
Elle partit toute enveloppée de mousseline et de toile de coton vers d’autres horizons.
Sa première destination l’amena dans un étrange pays. Il n’y avait que des femmes. Tous les hommes étaient partis se battre à la guerre. Allait-elle pouvoir le rencontrer ici ? C’était fortement improbable. Elle repris donc la route.
Le voyage fut long et semé d’embûche. Elle avait dû traverser la ligne de front sous les cris des soldats, avec la douleur du feu, l’odeur du sang, la moiteur de la peur et la crasse de la mort. Elle arriva dans des contrées plus hospitalières.
Elle entra dans un charmant village fleuri et étonnant. Les maisons étaient construites en bois de rose. Chaque volet était orné d’une fine marqueterie. Des tuiles en porcelaine recouvraient chaque toit. La flore du village était constituée de différentes essences avec de nombreuses variétés d’orchidées, toutes sortes de rosiers venaient agrémenter les jardins et les balcons.
Elle se mit alors à examiner chaque maison, chaque rue. Mais elle ne rencontra pas âme qui vive ! Le village était pourtant magnifique et cela devait être si agréable d’y flâner dans les rues au bras de son bien-aimé.
Elle pénétra dans une maison où elle trouva un vieillard nostalgique. Il n’avait pas voulu partir avec les autres. Ils avaient fui le village car la guerre était à ses portes. Le conflit se rapprochait chaque jour davantage et serait bientôt là.
Elle interrogea le vieillard : « L’avez-vous vu ? Parlez-moi de lui ! »
Le visage froissé sembla s’animer. Il désigna un point à l’horizon : « Tu le trouveras au-delà du fleuve après avoir traversé les montagnes de neige ! »
Et elle se mit en route. Elle atteint bientôt le fleuve. Il était en crue et ses eaux bouillonnantes terrifiaient les voyageurs.
Elle décida d’attendre que la décrue s’amorce et que la fureur des eaux s’apaise. Pendant ce temps, elle confectionna une petite embarcation faite de roseaux et d’un peu d’argile. Lorsque le fleuve eut un niveau plus raisonnable et une humeur plus conciliante, elle mouilla l’embarcation et se dirigea sur l’autre rive. Elle sortit le radeau de l’eau et continua sa route.
Une barrière de montagnes s’étendait au loin. Elle scrutait avec inquiétude les cimes enneigées. Au bout de quelques jours, elle fut à leurs pieds.
Elle prit un sentier qui semblait la mener dans le domaine des neiges éternelles. La température baissait au fur et à mesure qu’elle gravissait la montagne. Le froid la tétanisait. Bientôt, la neige rendit son cheminement lent et difficile. Le sentier disparaissait sous le manteau blanc. Elle continua pourtant et réussi à trouver un endroit pour s’abriter. Elle trouva des branches sèches et put faire un feu dont la musique et la chaleur lui évoquèrent une voix rauque et un corps tendre. Elle passa la nuit enveloppée par le crépitement du feu, la chaleur des flammes et la douceur de son rêve. Au matin, elle repartit.
Elle repéra ce qui pouvait être une trace du sentier. A cet endroit, la neige était moins épaisse. Elle avança en laissant des traces moins profondes. Sa progression était pénible mais plus aisée qu’auparavant. Son rêve lui avait donné des ailes.
Elle entama enfin la descente. Le sentier était de plus en plus visible, la température augmentait progressivement et la neige se faisait plus rare. Elle se retrouva bientôt au milieu de prairies verdoyantes.
C’est alors qu’elle vit au loin une maisonnette. De la fumée sortait de la cheminée. Il état sûrement là. Son cœur s’affola comme un oiseau qui essai de sortir de sa cage. Elle courut vers la maison. Elle ouvrit la porte. Derrière un fauteuil, devant la cheminée, elle vit que quelqu’un tenait un journal grand ouvert. Il était plongé dans sa lecture et ne l’avait pas entendu arriver. Alors elle se dirigea vers le fauteuil, le contourna pour regarder dans les yeux ce lecteur étourdit et se retrouva nez à nez avec…une grenouille !
RHAAAA !!! Elle avait oublié que dans les contes la jeune fille belle et pure devait embrasser une grenouille ! BEURK ! Dépité, elle rebroussa chemin.

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