Dimanche 20 novembre 2005

Ouais ! Cette souris-là, je l’avais déjà repérée la semaine dernière dans la rue d’Italie.

Dame ! C’est qu’elle passait pas inaperçue la donzelle, malgré sa petite taille, avec son petit nez retroussée et ses yeux vifs. Elle marchait le long du trottoir. Sa démarche sautillante et nerveuse me promettait des instants de purs délices.

 

Ça faisait maintenant une semaine que je réfléchissais sur la manière avec laquelle j’allais l’aborder.

J’ai d’abord pensé à la manière directe, lui faire front. Mais, une créature pareille, tellement menue, si craintive, je risquais de lui faire peur et de la voir disparaître pour toujours.

J’ai ensuite pensé éveiller son intérêt en lui offrant de manière anonyme les mets les plus délicats et les plus raffinés que je disposerais devant sa porte préalablement repérée. Mais la recherche de ces mets et de la porte risquait d’être longue et fort coûteuse.

J’ai eu aussi l’idée de l’épier, d’observer ses habitudes, sa façon de faire, ses gestes afin de m’en imprégner, de pénétrer son intimité. Mais la frustration inévitable engendrée par cette stratégie risquait de m’entraîner dans les affres rédhibitoires du non passage à l’acte.

 
Alors j’ai attendu.

J’ai attendu que l’inspiration vienne, que la source rejaillisse, que le temps me laisse le temps de goûter encore une fois au plaisir inégalable de l’acte le plus jouissif qui ait été donné à tous ceux de mon espèce. Oui ! Nous sommes tous autant que nous sommes les esclaves consentant de nos pulsions. Oui ! Malgré mon âge presque canonique, je me sens encore des ardeurs de jeune minet aux dents longues.

 
C’est décidé ! C’est pour ce soir !
 

Je la vois…elle est seule…je la suis discrètement…elle se retourne souvent, il va falloir jouer serré.

Elle est toute en grâce. Les ondulations de ses hanches laissent présager un doux programme, j’en salive d’avance !

Elle n’est plus très loin.
Elle ne m’a pas vu.
Elle continue son chemin, confiante.
Je m’approche à pas feutré…
Je peux sentir son odeur…
Une odeur fraîche et suave.
J’allonge la foulée…
Puis…

Je fonds sur elle avec la rage du prédateur affamé, elle pousse un cri strident. Je saisi son cou dans ma gueule et la secoue violemment jusqu’à ce qu’elle ne crie plus.

 

Ce fut bref. Ce fut violent mais rapide. Pour un chat de presque dix ans, je m’en sors bien, j’ai de l’expérience, la technique est rôdée. Et puis, c’est ce que ma maîtresse attend de moi. Mais je n’ai toujours pas compris pourquoi elle hurlait chaque fois que je lui remettais le cadavre d’une souris à ses pieds !

 
 
 
 
 
 
Par chris2lire - Publié dans : Les belles lisses poires
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Vendredi 18 novembre 2005

Cette gymnopédie...C’est une musique qui surgit pendant mes longs moments merveilleusement égoïste de dialogue avec mes rêveries.

 

Des images sépias viennent se coller à des souvenirs embrumés. Une petite pièce, des meubles bons marchés, une vieille tapisserie surchargée d’arabesques aux couleurs chaudes, une table épaisse avec une nappe en plastique. Je suis chez ma grand-mère. Les images sépias sont celles de vieilles photos dégotées dans une vieille boite à gâteaux en fer blanc rangée dans un tiroir. L’une d’entre elles représente mon arrière grand-père en tenue de poilu, une autre le montre avec mon arrière grand-mère. Ils posent pour cet instant d’éternité. Mes yeux les voient et ne les ont pourtant jamais vu. Ils contemplent le regard de mon aïeul…le même que mon père. Tout le monde trouve que j’ai les yeux de mon père. Je sais maintenant de qui il tient les siens.

 

Autre rêverie, et toujours cette gymnopédie. C’est une autre époque. Un clapotis, le reflet du soleil sur la rivière, des ombres douces, le fil de l’eau tissé par une barque blanche. A son bord, un couple. Elle, longue robe blanche à petites fleurs bleues, elle arbore un sourire insouciant avec ce qu’il faut de discrétion pour afficher un bonheur tout neuf. Elle tourne distraitement son ombrelle contre son épaule tout en réajustant sa voilette avec son autre main. Lui, costume clair et canotier, en bras de chemise, il rame sans effort dans le courant lent et régulier. Il la dévore du regard, il goutte des yeux chaque parcelle de son corps, il ne sait plus si c’est l’ombrelle qui tourne où si c’est lui qui est pris de vertiges. On se croirait dans un tableau de Renoir. Ce n’est pas encore la guerre…mais elle arrive.

 

En cet instant encore, il la caresse de son regard bleu.

Je connais ses yeux.
 
Et toujours cette gymnopédie…
 
Par chris2lire - Publié dans : Les belles lisses poires
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Mardi 15 novembre 2005


Il fait froid dans le désert. La nuit glacée remplit le cœur du petit homme bleu. Il scrute avec attention les milliards d’étoiles qui scintillent au-dessus de lui. Il a envie d’être seul. Il s’est éloigné des siens qui se sont rassemblés autour d’un grand feu. Ce soir, c’est sa nuit.

Perché au sommet de la dune, il repense à son rêve. Il le rend tellement différent des autres.

Petit homme bleu rêve d’avoir un ami pour lui tout seul. Un petit homme lui aussi, qui viendrait des étoiles. Un petit homme qui saurait prendre soin d’une rose et qui saurait apprivoiser un renard.

 

« Absurde ! » ne cesse-t-on de répéter autour de lui. « Ce n’est qu’une histoire et rien de plus ! Tu ferais mieux d’aider ton père à garder ses chèvres ! ».

Petit homme bleu se sent seul.
 

Il contemple les étoiles et croit apercevoir l’allumeur de réverbère dans la constellation du cygne. C’est une étoile filante ! L’apparition ne dure qu’une fraction de seconde.

Puis tout s’apaise. Tout redevient immobile. L’éternité a de nouveau repris sa place dans l’univers. Tout fonctionne à merveille.

 

Perché au sommet de la dune, petit homme bleu voudrait un ami différent des autres. Un cœur simple et sincère.

Derrière lui une petite voix retenti comme un souffle :  « S’il te plaît ! Dessine-moi un mouton ! ».

 
 
 
 

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve ».

                                            Antoine de Saint-Exupéry.

 
Par chris2lire - Publié dans : Les belles lisses poires
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Lundi 14 novembre 2005



Quelque part dans la Somme, 11 novembre 1917,

Ma mie, mon Aurélie,

 

Cette lettre, je te l’écris avec la peur au ventre et l’excitation à fleur de peau. Demain, nous attaquons. Mes camarades et moi avons reçu cette nouvelle avec soulagement mais aussi avec crainte.

Avec soulagement, car cela faisait plusieurs jours que nous baignions dans l’inactivité. L’atmosphère devenait tendue, notre inutilité était insupportable et nous sombrions dans une oisiveté désespérée où la folie aurait pu nous servir de refuge. Hier, Pierre a craqué. Pierre, c’était un gamin de Paname, un vrai titi. Tu l’aurais vu quand il est arrivé dans la tranchée ! Il nous faisait bien rire. Il faisait son numéro d’imitation et reproduisait nos gestes et nos expressions. Sa cible favorite, c’était le lieutenant. Faut dire que ce dernier avait de superbes bacchantes qu’il entretenait avec le plus grand soin, il était toujours en train de les lisser, et pour couronner le tout il avait un tic à son œil gauche, on avait toujours l’impression qu’il lançait des clins d’œil à tous ceux qu’il croisait. Mais hier, Pierre a craqué. Il en pouvait plus d’attendre. Il en pouvait plus d’être ici, sans rien faire, à la merci d’une attaque des boches, à la merci des gaz mortels, englué dans la boue, entouré par des cadavres, leur odeur, l’odeur de la boue, l’odeur de la poudre, la pluie, l’humidité, rien ne sèche ici, il fait froid. Pierre a craqué. On l’a tous vu. Il était accroupi, ou plutôt prostré, les yeux rivés sur le sol, dans le vague. Soudain, il a brusquement levé la tête dans une expression de stupeur enfantine, puis, il s’est levé, il a pris son fusil et il s’est élancé par-dessus la tranchée en hurlant comme un fou en direction des lignes ennemis. On l’a tous vu. Après avoir parcouru quelques mètres, des rafales ont retenti, Pierre a été atteint simultanément de plusieurs balles dans la tête, la gorge et l’abdomen. Quelques instants plus tard, nous avons agité un drapeau blanc. Les boches ont bien voulu nous laisser récupérer son corps. Son visage était méconnaissable. Tu vois Aurélie, la guerre, ça te forge un homme, mais ça t’esquinte un gamin !

La crainte, elle, vient du fait que l’eau, la boue, le froid, s’insinuent partout. Nos vêtements semblent mouillés pour l’éternité. La pluie tombe sans arrêts, elle forme des rigoles au-dessus des tranchées, ces rigoles tombent à l’intérieur et les remplissent peu à peu d’une eau terne et froide. Le fond est boueux, nous nous embourbons tous. Certains y laissent leurs guêtres et passent un temps fou et une énergie folle à les récupérer. Comment attaquer dans ces conditions ? Ce qui nous console, c’est qu’en face, il y a de grandes chances pour qu’ils subissent les mêmes affres. Peut-être qu’eux aussi doutent ? Peut-être qu’eux aussi ont peur, ils veulent que la guerre se termine pour pouvoir rentrer chez eux. Ma mie, si tu savais comme je donnerais cher pour être près de toi et des enfants. Le petit Paul marche t’il maintenant ? Et Colette ? A-t-elle perdu sa première dent ?  La maison me semble loin. Pourtant, je vous vois tous devant notre porte, sur la terrasse baignée de soleil. Le printemps arrive, les bourgeons sortent de leur gangue de verdure, je vous embrasse, je serai bientôt là.

 

                                                                                     Ton Jean.

 
 
 
 

« Je hais la guerre mais j’aime ceux qui l’ont faite » Dorgelès.

Par chris2lire - Publié dans : lettres volées
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Vendredi 28 octobre 2005
                                 



        Bon ben voilà ! J'ai participé à l'écriture de ce recueil alors je fais ma promotion ! lol
    Il est en vente aux éditions soufflecourt dont j'ai mis l'adresse dans mes liens. Il coûte aux alentours de 7 euros et contient beaucoup d'histoires drôles, tragiques, troublantes.
    Je compte transformer mes droits d'auteurs en paquets de bonbons !
Par chris2lire - Publié dans : coup de coeur !
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