VERS DES SABLES   
 
 
Jeudi 30 juin 2005

 

Manosque, le 29.06.2005

 

 

Aujourd’hui mon amour,

 

Aujourd’hui, le temps est à l’orage.

Une lourde chaleur pèse sur les nuages qui menacent de crever et de répandre leur jus rafraîchissant sur le bitume surchauffé de la ville. Des odeurs de terre mouillée et d’herbes coupées montent des jardins alentours jusqu’à ma fenêtre pour venir m’enivrer du parfum sauvage et furieux d’un déchaînement à venir.

 

Aujourd’hui, la ville attend.

Elle attend la flagellation violente de la pluie, le martèlement saccadé des gouttes tombant dans le vide brûlant pour aller s’écraser sur le sol dans une explosion éclatante.

 

Aujourd’hui, le temps est suspendu.

Il s’est mis entre parenthèses, entre deux eaux, entre deux feux. Il a brisé les entraves immuables de l’éternité pour se lover dans les chaînes aléatoires de l’espoir.

 

Aujourd’hui, je suis à la fenêtre.

Je guette les mouvements des arbres, les papiers volants. Le linge qui séchait jusqu’à présent sur les terrasses et les balcons est rapidement ramassé par des silhouettes fugitives.

 

Aujourd’hui, je pense à toi.

Je guette l’horizon. Tu es là-bas, derrière les nuages. Tu me rêves, tu me sens, tu m’espères. Tu me goûtes de ta bouche entrouverte et me respires de ton souffle léger.

 

Aujourd’hui, je pense à demain.

 

Demain, tu seras là.

Mercredi 29 juin 2005

Manosque, le 29.06.2005

 

Cher amour,

 

Vous me manquez.

Vous me manquez d’une caresse, d’un souffle. Je pense à vos mains sur ma peau, à la chaleur de votre corps, le sel de votre sueur. Je me réveille au milieu de la nuit avec la douceur électrique de votre peau gravée sur mes mains et sur mes lèvres.

Le son de votre voix se muait en écume sur les galets. Il m’enveloppait d’une couverture moelleuse dans laquelle j’aimais à me blottir. Il caressait mes oreilles à la façon de vos mains : tout en légèreté, en velouté. La suavité de votre timbre parfumait votre aura d’une odeur délicate.

 

Je vous attends.

Je vous attends d’un gouffre, d’un continent. Votre absence pèse à mon cœur. Mes jours ressemblent à mes nuits, le vide les remplit.

Vous souvenez-vous de votre main dans mes cheveux ? De votre regard qui se posait sur mes seins ? Comme vous sembliez heureux dans ce jardin. Le bourdonnement des abeilles agitait l’air d’une douce musique. Vous chassiez d’un revers de main celles qui me frôlaient. Vous ne redoutiez pas leurs piqûres.

 

Je vous aime.

Je vous aime d’une tempête, d’un ouragan. Mon cœur est transporté par mes sentiments pour vous. Il vole, s’échappe par la fenêtre ouverte. Il est à votre recherche. Il guette le moindre tressaillement, le plus petit émoi qui semble vous distinguer.

Les mots, même insignifiants, que vous prononciez étaient des paroles d’amour que vous n’osiez exprimer. Je ressentais leurs vibrations dans ma chaire et dans mon ventre. Vos mots étaient une douce brise qui venait caresser mes tympans en un délicat frisson.

 

J’ai gardé des traces indélébiles de votre amour et mon seul remède reste dans le souvenir.

Vous me manquez,

Je vous attends,

Je vous aime.

 

 

 

 
 
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