« Vé ! Regarde-moi ce minot sur son scotère ! Sans le casque y va se manger le trottoir en pleine figure ! ».
Marseille…Le quartier de la Plaine. Les clients sont nombreux aujourd’hui dans le bar. Faut dire qu’on est samedi matin, il y a le marché sur la place Jean Jaurès ! Les températures sont clémentes en ce mois de mars, c’est comme si le printemps jouait des épaules et bousculait le vieux frileux.
Le « scotère » slalome entre les voitures qui attendent au feu rouge. Enfin…celles qui ne l’ont pas encore brûlé !
Au bar, les habitués savourent ce renouveau. Beaucoup sont au comptoir. Quelques uns sont attablés et lisent « La Provence », d’autres jouent aux cartes.
Samy allume sa énième cigarette. Aujourd’hui ce n’est pas lui qui slalome entre les voitures. C’est le week-end, il n’est pas coursier le samedi. Il est lui, c’est tout. Il savoure sa bière fraîche en discutant avec un collègue(1) :
« T’as regardé l’OM hier à la télé ? Putain ! Ils se sont encore pris la raclé ! J’suis dégoûté !
- Ouais ! – Réplique Bernard - Y devraient faire attention ! Si ils continuent, ils vont aller en ligue 2 !
- C’est normaaaal ! Les gens, ils veulent des buts ! Ils veulent des gars qui courent sur le terrain ! Ils veulent pas des dormiasses(3) qui ont peur du ballon !
- Qu’est-ce que tu racontes ? Zidane va pas revenir à Marseille ! Il est en Espagne, au Real ! Il se fait des couilles en or ! Qu’est-ce que tu veux qu’il vienne foutre à Marseille ?
- C’que t’es couillon ! Zidane reviendra pas à Marseille ! Il en a rien n’à foutre !
- Mais si ! Ti(4) es dékère(5) ? C’est mon beau-frère qui m’a annoncé ça il y a deux jours !
- Arrête de t’engaster(6) ! Ça sert à rien ! Zidane reviendra pas ! Et pourquoi pas Platini tant que t’y es ? Tu me prends pour un gobi(7) ?
- Espèce de toti(8) ! Mon beau-frère, il a ses entrées au Vélodrome ! Tout le monde le connaît là-bas !
- Et bien sur qu’il a ses entrées au stade Vélodrome ton beau-frère ! Jobaste(9) ! Il fait parti de l’équipe de nettoyage !
- Peut-être, mais ça l’empêche pas de cottoyer le gratin quand il passe le balai dans les bureaux ! Et il a entendu une huile parler du retour éventuel de Zidane !
- Eventuel retour ! Mais que tu es fada(10) ! Ton beau-frère nettoie un bureau et surprend une conversation à propos d’un éventuel retour de Zidane ! Et puis zut ! Je vais pas m’escagasser(11) plus longtemps à chercher à te convaincre !
C’est ainsi qu’ici, le menteur finit toujours par avoir le dernier mot…Celui de la fin !
Toute ressemblance avec des personnes ou des évènements sont bien entendue fortuites ! …Quoique !
(5) Personne ivre ou à l’esprit tordue.
- Eclater les bulles des emballages.
- Savourer Mozart.
- Manger du chocolat Léonidas.
- Peindre et sentir l’odeur de l’huile de lin.
- Plonger mon nez dans la fourrure chaude du petit lapin de mon fils.
- Ecrire.
Tu es parti depuis quand déjà ? Attend, que je me rappelle…je crois que c’était lundi dernier. Non, qu’est-ce que je raconte ! Lorsque tu es parti, le soleil brillait, il faisait chaud, si chaud…l’océan était calme, tu as gagné le large à bord de « L’Etoile du soir ». Aujourd’hui, les vagues fouettent les rochers et les parent d’un voile éphémère d’écume blanche. Le vent fou glace ma chair fatiguée et mord mon visage et mes mains.
Je suis là, je guette ton retour. Il fait si froid. Je t’ai préparé une bonne soupe moulinée avec des légumes frais. Tu y mettras du gruyère râpé avec un peu de crème fraîche. J’ai acheté la crème ce matin chez monsieur Tournel. Il est bien brave ce monsieur Tournel, il a toujours un mot gentil pour toi. Il me dit que là où tu es, tu es heureux, que tu fais des pêches miraculeuse Je ne comprends pas bien mais c’est gentil, non ?
Tu te souviens ? Il étais là aussi lorsque tu as appareillé et que tu es parti. Comme tu étais beau ! Le soleil jouait avec les mèches de tes cheveux, tu avais la barbe clairsemée, tu en étais fier, enfin elle était là ! Tu ne l’aurais rasé pour rien au monde.
Si tu savais tous ce que les gens racontent ! Il y en a qui disent que tu ne reviendras jamais. Mais je sais bien moi que tu vas bientôt rentré ! C’est juste que je ne sais plus trop quand. Je vieillis, ma mémoire me joue des tours.
Oui ? C’est toi qui m’appelle ? …Ah non, c’est juste le grondement du vent. C’est drôle, chaque fois je crois que c’est toi. J’imagine que tu es derrière moi, que tu vas me surprendre et enserrer ma taille pour me soulever en me faisant tournoyer comme tu aimes tant le faire.
Bon ! La nuit commence à tomber, tu ne rentreras pas aujourd’hui…trop occupé…trop de travail. Ça ne fait rien , va ! Je reviendrai demain, je rachèterai de la crème.
Arrivé au vestiaire, Fred enfila sa tenue de Mickey. C'est sûr, aujourd'hui, il allait faire sa fête à Dingo, enfin Bernard. Ce pourri avait une aventure avec sa femme, une lettre anonyme l'avait dénoncé.
C'est pendant la Grande Parade que l'évènement se produisit.
Mickey sauta à la gorge de Dingo. Ils tombèrent et roulèrent sur le sol sous les regards affolés des spectateurs. Blanche-neige poussa un cri, les sept nains n'eurent pas le temps d'intervenir pour séparer les deux individus. Ils roulaient déjà sous le char. On entendit alors un long hurlement. Après un moment qui paru interminable, Mickey réapparut, hagard. Le Prince Charmant et le Capitaine Crochet le saisirent par les épaules et le conduisirent dans les bureaux pendant que l'Oncle Picsou téléphonait à la police depuis son portable.
Puis, la Parade repris son chemin...
Habitée par la tristesse, le dénuement et l’impression que ma vie m’échappait, je suis allée faire un tour à Aix-en-Provence.
Je m’installe à la terrasse d’un café face à la Rotonde. Les platanes géants sont encore nus. Le soleil de printemps s’accroche à leurs branches. Les passants musardent, certains brandissent un rameaux, un sourire flotte sur les lèvres. Pas sur les miennes.
Je n’ai pas envie de parler. Je voudrais me fondre dans ce ciel si bleu, si clair ! J’offre mon visage au soleil. J’aperçois les passants. Deux femmes se tiennent la main, accrochées à leurs cœurs. Un jeune homme exhibe une chevelure fraîchement oxydée, ça ne lui va pas, le rouge aurait été plus seyant !
Arrive une sorte de marabout, un borgne terrifiant ! Un grand foulard rouge sous son chapeau noir !
- On s’invite ?
- Non merci, j’ai envie d’être seule.
- Il vaut parfois mieux être seule que mal accompagnée !
- Comme vous avez raison !
- Et bien tenez ! Je vous fais un cadeau ! Je vous offre un rameau bénit !
Surprise, déconcertée, je ne sais que penser. Je cherche à comprendre. Une foule d’idées assaillent mes esprits. Une seule se détache, s’amplifie, devient presque évidente !
Se pourrait-il que Dieu pose les yeux sur moi ? Moi la mécréante ? Qui n’ai jamais eu foi en rien ? Se pourrait-il qu’il ait choisi cet être mal attifé, grossièrement abouti pour servir de messager ?
L’idée ne me déplait pas. Même si elle est un peu contraire à mes principes. Je la trouve apaisante. Je vois maintenant les passants. Ils profitent de la douceur du soleil et de la sérénité qu’il leur apporte !

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