Mon île brune et sa moiteur de glaise
Pour de lourdes chimères azurées
Et leurs lumières nacrées de braises.
Dans mon périple incertain et chaotique,
Ivre de vin sucré et de miel d'Abyssinie
J'ai vu tout un cortège de visions oniriques
Des parfums musqués et d'autres fleuris.
J'ai vu une salamandre aux reflets pailletés
Jouer du luth derrière une feuille de thé.
J'ai vu une pipistrelle effrontée et pipelette,
Converser avec un paon sur une escarpolette.
J'ai vu le soleil se coucher dans l'océan
Après avoir lissé les plumes d'un cormoran.
J'ai vu la pluie piquante couler en ribambelle
Vers des rivières nourries de cette eau immortelle.
J'ai vu le temps et son horrible chronomètre
Manger des vol-au-vent avant de disparaître.
J'ai vu un ange qui passait pas là,
Le silence se fît et tout se brisa.
Je me reveillais alors, bercée d'amertume
Un cri coincé au bord des lèvres.
Les yeux embués et remplis d'écume
Suant le feu et brûlante de fiêvre.

Je me souviens...
Tes mains couraient le long de mon corps nu.
Leur course aérienne, d'une douceur de soie
Dressait un voile de volupté sur ma peau dévoilée,
Ma chair se faisait bourrue et se muait en parchemin.
Ma peau se souvient...
Tes mains la cognaient les soirs d'ivresse.
La morsure de tes poings,
La piqûre de tes mains,
La rendait propre au chagrin.
Maintenant elle ne se souvient que de l'horreur
De tes mains ensanglantées d'avoir trop frappé
Et de l'odeur de la peur qu'elles lui ont révélé.

Bernet - Torpédo
Jusqu’ici, tout va bien. Le caissier jette les liasses de billets dans le sac. Je le tiens en joue, il n’est pas fier ! Fred se tient près de la porte et guette nerveusement les environs serrant son Beretta contre sa joue. Jean est près de moi, adossé au guichet, il tient les autres clients en respect.
Jusqu’ici, tout va bien. Il n’y a pas trop de monde dans la banque. Trois clients. Tant mieux ! Ça fait moins de personne à surveiller. De toute façon, les clients sont terrorisés, pas un d’entre eux n’ose bouger le petit doigt.
Jusqu’ici, tout va bien. C’est juste que la sueur commence à perler sur mon front. Vite ! Vite ! Mais grouille-toi bon sang ! J’ai l’impression que mes yeux vont sortir de leurs orbites tellement je suis aux aguets.
Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que mes oreilles commencent à bourdonner. Merde ! Respire ! Calme-toi ! Je dois faire une overdose d’adrénaline. Il serait temps de bouger.
Jusqu’ici, tout va bien. Le sac est presque plein. L’heure a sonné. Direction, les îles du Pacifique inondées de soleil. Soudain, des sirènes, des voitures, des portières qui claquent, des voix qui hurlent. Un vent de panique souffle dans la banque mais…
Jusqu’ici, tout va bien. Les potes et moi, on est soudé. Ensemble, on a moins peur. Les flics n’oseront pas nous attaquer, on a des otages. Les clients nous regardent. Ils sont paniqués.
Jusqu’ici, tout va bien. On les rassemble. On fait signe au caissier de les rejoindre. Du coup, on se sent plus fort. Nos quatre otages n’en mènent pas large. Le téléphone sonne.
Jusqu’ici, tout va bien. Je mène les négociations avec âpreté. On veut une voiture, pas une brelle ! Une carrossée comme un fauve et qui en aurait aussi le tempérament. On laissera partir les otages si le banquier veut bien se donner la peine de prendre leur place sinon on les canarde un par un.
Jusqu’ici, tout va bien. Au bout de deux heures, le banquier fait son entrée, l’air grave mais digne. On relâche les otages qui fuient sans demander leur reste. On attend la voiture.
Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que la voiture, elle n’est toujours pas là. Je m’impatiente. Je regarde sans cesse nerveusement ma montre alors que je me fous complètement de l’heure qu’il est. Mes potes et moi, on n’en peut plus, on décide de sortir avec le banquier.
Jusqu’ici, tout va bien. La tête du banquier est cernée par trois Beretta. Les flics nous tiennent en joue mais ils ne tireront pas. Ils n’oseraient jamais ! A défaut d’un fauve, on se dirige vers notre voiture, c’est toujours mieux que rien.
Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que notre bagnole est gardée par trois flics armés. C’est à ce moment là que Fred a pété un câble. Il s’est d’abord mis à trembler, puis, il est parti en courant comme un fou à travers les petites rues. Jean et moi, nous fûmes alors pris de panique. J’ai balancé le banquier sur le sol en tirant en l’air. Les flics se sont tous planqués derrière les bagnoles. Nous avons filé dans un bruit de pétard digne du nouvel an chinois.
Jusqu’ici, tout va bien. Je cours comme un perdu dans les ruelles. J’entends des bruits de pas derrière moi, c’est Jean sûrement. Je cours sans m’arrêter. Je cours sans discontinuer. Je cours à perdre haleine. Je n’en peux plus. Je m’effondre au détour d’une rue. Je n’arrive plus à respirer. Jean stoppe aussi sa course.
Jusqu’ici, tout va bien. J’entends le souffle rauque de mon ami. Je me redresse pour l’encourager. Ce n’est pas Jean ! Je vois un flic essoufflé braquer son revolver dans ma direction sans pouvoir dire un mot. A mon tour, je lève le mien vers lui sans pouvoir me relever.
Jusqu’ici, tout va bien. Il me tient peut-être en respect, mais moi aussi. Si il tire, j’aurais tout juste le temps de tirer également. Nos forces s’annulent mais nos regards s’affrontent. Il avance lentement dans ma direction. Il me fixe. Un bruit de tonnerre me vrille les tympans.
Jusqu’ic…
Tu d’vrais pas rentrer si tard. La fatigue, ça t’réussit pas ! L’alcool ça t’rend aigri, ça t’met la tête en vrac et vas-y donc les tam-tam ! Y te mixent le cerveau et le transforment en cafetière ! C’est pour le cas qu’t’aurais des idées noires et amères !
Tu d’vrais pas rentrer chez toi ! Ton ménage, y sentait l’ail ! Ta meuf, elle s’est tirée avant qu’tu lui tires un pruneau dans l’buffet ! Ta duchesse a mis les voiles par un jour de grand vent quand la bise fut venue ! Oui mais voilà, c’était la bise à Riton !
Tu d’vrais pas regarder la télé ! C’est rien qu’des conn’ries ! Des trucs sucrés à la guimauve et qui collent aux dents ! Histoire de faire perdre leur mordant à ceux qui veulent croquer la vie ! Au moins, y s’en mordront pas les doigts vu qu’on leur aura fait avaler des couleuvres !
Tu d’vrais pas lire ton courrier ! C’est rien qu’des factures ! Ça t’mine le moral et l’compte en banque ! Ton banquier est bien couvert mais toi t’es à découvert ! Et si ton compte est à découvert ton banquier, y va t’geler ton pognon ! Un vent sibérien va souffler dans ton portefeuille ! Faudra pas te plaindre à la Sibérie, j’crois pas qu’y z’ont l’téléphone !
Tu d’vrais pas pleurer ! Les larmes, c’est un aimant à emmerdes ! Un mec qui pleure, c’est suspect ! C’est un type qu’a besoin d’aide et qui s’autorise à d’mander un service ! Mais un service, ça s’pait ! Et j’ai dans l’idée qu’le commun des mortels a du mal à rendre la monnaie de sa pièce ! L’homo habilis vous salue bien bas mais il est pas habilité à vous faire la charité ! Et quand on sait que charité bien ordonnée commence par soi-même, on voit qu’t’as oublié d’prendre un ticket l’jour d’la distribution !
Tu d’vrais pas mourir ! Tu m’entends ? Un mort ça entend plus rien, ça ne parle plus ! On croit qu’il nous écoute, que ses feuilles de choux sont grandes ouvertes et qu’il nous laisse parler poliment ! Et bien, avant qu’on s’aperçoive qu’il est raide comme un piquet, on aura eu le temps de lui raconter comment il aurait dû vivre ! Tu m’entends ?
Ø Regarder vivre mon fils, goûter ses câlins, consoler ses chagrins.
Ø Regarder les vagues naître, courir puis mourir sur la plage.
Ø Sentir mes pieds s’enfoncer dans le sable pendant que l’eau se retire.
Ø Faire des ricochets.
Ø Savourer les bruits feutrés dans un décor enneigé.
Ø Ecouter la voix chaude de Sade dans mon auto-radio en rentrant du boulot.
Ø Ecouter la voix claire de Norah Jones dans mon auto-radio en rentrant du boulot.
Ø Ecouter la voix rauque de Billie Holliday dans mon auto-radio en rentrant du boulot.
Ø Quitter mes chaussures quand je rentre chez moi.
(suite plus tard…)

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