Cette gymnopédie...C’est une musique qui surgit pendant mes longs moments merveilleusement égoïste de dialogue avec mes rêveries.
Des images sépias viennent se coller à des souvenirs embrumés. Une petite pièce, des meubles bons marchés, une vieille tapisserie surchargée d’arabesques aux couleurs chaudes, une table épaisse avec une nappe en plastique. Je suis chez ma grand-mère. Les images sépias sont celles de vieilles photos dégotées dans une vieille boite à gâteaux en fer blanc rangée dans un tiroir. L’une d’entre elles représente mon arrière grand-père en tenue de poilu, une autre le montre avec mon arrière grand-mère. Ils posent pour cet instant d’éternité. Mes yeux les voient et ne les ont pourtant jamais vu. Ils contemplent le regard de mon aïeul…le même que mon père. Tout le monde trouve que j’ai les yeux de mon père. Je sais maintenant de qui il tient les siens.
Autre rêverie, et toujours cette gymnopédie. C’est une autre époque. Un clapotis, le reflet du soleil sur la rivière, des ombres douces, le fil de l’eau tissé par une barque blanche. A son bord, un couple. Elle, longue robe blanche à petites fleurs bleues, elle arbore un sourire insouciant avec ce qu’il faut de discrétion pour afficher un bonheur tout neuf. Elle tourne distraitement son ombrelle contre son épaule tout en réajustant sa voilette avec son autre main. Lui, costume clair et canotier, en bras de chemise, il rame sans effort dans le courant lent et régulier. Il la dévore du regard, il goutte des yeux chaque parcelle de son corps, il ne sait plus si c’est l’ombrelle qui tourne où si c’est lui qui est pris de vertiges. On se croirait dans un tableau de Renoir. Ce n’est pas encore la guerre…mais elle arrive.
En cet instant encore, il la caresse de son regard bleu.
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