VERS DES SABLES   
 
 
Jeudi 9 février 2006
Le crayon glissait sur le crob-art dans des mouvements rapides et nerveux. Le son qui s’en échappait était le seul à briser le silence sépulcral qui régnait dans l’atelier.
Jean-Baptiste était tout entier tendu vers sa création. Son visage immobile avait les traits tirés par un effort intérieur, seuls ses yeux perçants dansaient une sarabande diabolique inspirée par les jeux d’ombres et de lumières qui donnaient vie au corps de Lilith.
 
Jean-Baptiste pensait avoir trouvé une perspective idéale pour son tableau. Le décor était mentalement planté. Lilith devait avoir une présence animale, charnelle, elle devait être provocante avec une sensualité exacerbée qui devait suggérer avec habileté l’ardeur des sens.
Oui ! Le tableau suinterait le sexe, la débauche et la violence de la beauté sauvage. Oui ! Il aurait des remugles de musc, de sueur, de métaux lourds enrobés d’un entêtant parfum de jasmin et de rose dont quelques pétales ventrus offriraient un écrin soyeux aux âmes damnées. Oui ! L’œil contemplerait sans pudeur la chair offerte autour du sexe frémissant de Lilith. Oui ! Sa peau lumineuse attirerait les regards comme la lumière attire les papillons.
 
Il faisait chaud dans l’atelier. Il était près de midi. Sonia avait la gorge sèche et rêvait d’un verre d’eau. Peu à peu, le rêve se fit omniprésent jusqu’à envahir ses pensées. Son rêve se mua en cauchemar et la poussa à réagir : « Monsieur Krémin ? Pourrions-nous faire une pause s’il vous plaît ? » Mais Jean-Baptiste savait se couper du monde quand il travaillait, il n’entendit pas sa requête. Elle attendit un moment puis vexée de n’avoir pas été entendue et furieuse de laisser entrevoir une faiblesse, elle haussa la voix : « Monsieur Krémin ! J’ai très chaud ! J’aimerais aller me rafraîchir ! S’il vous plaît ! » Cette fois Jean-Baptiste sursauta. Cette manière de le remettre brutalement en contact avec la réalité l’irrita quelque peu : « Mais enfin ! Je croyais que vous étiez capable de garder la pose pendant plusieurs heures !  - Dit-il.
- Et c’est exactement ce qu’il s’est passé ! Ça va faire trois heures que je prends des poses de contorsionnistes ! Maintenant, j’ai très soif ! Et je commence aussi à avoir faim ! »
Jean-Baptiste pris un air contrarié : « Ecoutez ! J’ai pratiquement bouclé ma série de croquis pour ce matin, pourriez-vous faire un petit effort afin que je termine celui-ci ? »
Sonia n’en revenait pas ! « Hey ! Je ne suis pas un bout de toile moi ! Encore moins une photographie ! Alors je vais me lever de ce siège et je vais m’offrir un grand verre d’eau fraîche que je vais déguster lentement tout en savourant le bonheur de sentir mon corps endolori se libérer de sa gangue statuaire ! »
 
Jean-Baptiste en resta muet de surprise. Pas tant par l’aplomb de Sonia que par son regard, son attitude. Pendant un bref instant, il a cru qu’une panthère s’apprêtait à lui bondir dessus. Lilith était un animal sauvage, entièrement dominée par ses pulsions ! Jean-Baptiste goûtait tout à la fois sa grâce féline, les ondulations reptiliennes de son corps, ses yeux de rapace dont la froideur incandescente et la dureté cristalline l’hypnotisaient.
 
Lilith était là, devant lui !
par chris2lire publié dans : Lilith
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Commentaires

Lilith... la première femme d'Adan.... Gros bisous du vieux sorcier
commentaire n° : 1 posté par : honorius (site web) le: 09/02/2006 20:42:37
Merci Honorius ! J'ai quand même l'impression qu'Adam a eu beaucoup de problèmes avec les femmes ;-)
réponse de : chris2lire (site web) le: 12/02/2006 11:51:38
Un beau texte, glissant comme un serpent...
commentaire n° : 2 posté par : Viviane le: 10/02/2006 11:38:38

Merci Viviane !

réponse de : chris2lire (site web) le: 12/02/2006 11:50:40

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