Les couleurs s’amoncelaient sur le tableau. Jean-Baptiste travaillait par grands aplats agrémentés de petites touches de lumières et d’ombres. Lilith tenait sa victime à sa merci. Son regard enjôleur et cruel dominait le pauvre hère qui courbait l’échine, vaincu et déjà damné. Son corps terne tranchait avec la beauté lumineuse du démon. C’était comme si il avait déjà atteint le royaume des ombres. Son visage reflétait la souffrance d’un cœur épris d’un rocher. On y lisait la peur d’être rejeté par l’objet de son désir, la souffrance de ne pas être à la hauteur de son amour, la tristesse de n’être finalement que ce qu’il était.
En face, il y avait Lilith ! Superbe créature nimbée d’une aura mystique. Le corps gourmand, les hanches pleines, une attitude à la fois nonchalante et provocante qui dénotait un mépris pour la vile créature qui rampait devant elle.
L’œuvre que Jean-Baptiste avait tant désiré allait bientôt être achevée.
Lilith ne le harcèlerait plus !
Il l’avait domptée !
Il l’avait vaincue !
Il se sentait libre !
Il se retira soudainement du devant de la toile comme un homme esquive un coup de fouet. Il prit un air triomphant qui le fit paraître plus jeune.
C’était fini !
Sonia, toute excitée, demanda à voir le tableau. Jean-Baptiste l’invita à prendre part au spectacle à ses côtés. « Mon Dieu ! Comme c’est beau ! Et puis il y a tant de force dans votre tableau ! – S’enthousiasma Sonia.
- Oui ! J’ai fini ! Cette fois, c’est terminé ! – Répondit Jean-Baptiste soulagé.
- Fichtre ! Ça me fait quand même drôle de voir mon corps et mon visage ainsi mis en scène ! Et vous avez introduit un autre personnage également ! – Sonia regarda de plus près – Mais ! C’est vous ! Vous avez fait un autoportrait saisissant ! »
Jean-Baptiste avança vers le tableau, incrédule : « Que dites-vous ?
- Je dis que vous avez réalisé un magnifique autoportrait en la personne de ce pauvre homme si pathétique ! »
Jean-Baptiste n’en croyait pas ses yeux ! Comment avait-il pu ne pas s’en rendre compte ! Il contemplait cet homme sur la toile, c’était bien lui ! Il examinait maintenant son visage tordu par la douleur et l’amertume, ses yeux n’étaient plus que deux cavités où flottaient deux pupilles vides et sans énergies, ses cheveux étaient blafards et flétris.
Sonia, elle, offrait un visage radieux. Jean-Baptiste était un excellent peintre qui n’hésitait pas à payer de sa personne. Il n’en avait que plus de mérite. Elle était ravie d’avoir poser pour lui.
Jean-Baptiste se retourna vers elle. C’est alors qu’il l’a vi !
Lilith était devant lui ! Elle le regardait d’un air victorieux.
Elle l’avait vaincu ! Elle lui avait tendu un piège, et lui, pauvre demeuré, ne l’avait même pas vu ! Jusqu’au bout il pensait l’avoir dominée, mais non ! Non ! Tout n’était que supercherie et faux-semblant ! Elle l’avait manipulé avec adresse pour qu’il croie qu’il était le plus fort, et au dernier moment elle lui avait donné le coup de grâce. Cette diablesse était d’une perversité inouïe !
Il n’y avait plus qu’une solution !
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