VERS DES SABLES   
 
 
Mardi 13 septembre 2005
    Tu vois, je suis là.
    Encore une fois, je suis là.
    Mon fils n’est pas rentré,
    Mais il ne va pas tarder.

Tu es parti depuis quand déjà ? Attend, que je me rappelle…je crois que c’était lundi dernier. Non, qu’est-ce que je raconte ! Lorsque tu es parti, le soleil brillait, il faisait chaud, si chaud…l’océan était calme,  tu as gagné le large à bord de « L’Etoile du soir ». Aujourd’hui, les vagues fouettent les rochers et les parent d’un voile éphémère d’écume blanche. Le vent fou glace ma chair fatiguée et mord mon visage et mes mains.

 
    Pourquoi je ne sais plus ?
    Pourquoi le souvenir s’est tu ?
    Mon fils n’est pas rentré,
    Mais il ne va pas tarder.
 

Je suis là, je guette ton retour. Il fait si froid. Je t’ai préparé une bonne soupe moulinée avec des légumes frais. Tu y mettras du gruyère râpé avec un peu de crème fraîche. J’ai acheté la crème ce matin chez monsieur Tournel. Il est bien brave ce monsieur Tournel, il a toujours un mot gentil pour toi. Il me dit que là où tu es, tu es heureux, que tu fais des pêches miraculeuse Je ne comprends pas bien mais c’est gentil, non ?

Tu te souviens ? Il étais là aussi lorsque tu as appareillé et que tu es parti. Comme tu étais beau ! Le soleil jouait avec les mèches de tes cheveux, tu avais la barbe clairsemée, tu en étais fier, enfin elle était là ! Tu ne l’aurais rasé pour rien au monde.

 
    Le vent souffle sur les quais,
    Il coule dans les marées.
    Mon fils n’est pas rentré,
    Mais il ne va pas tarder.
 

Si tu savais tous ce que les gens racontent ! Il y en a qui disent que tu ne reviendras jamais. Mais je sais bien moi que tu vas bientôt rentré ! C’est juste que je ne sais plus trop quand. Je vieillis, ma mémoire me joue des tours.

Oui ? C’est toi qui m’appelle ? …Ah non, c’est juste le grondement du vent. C’est drôle, chaque fois je crois que c’est toi. J’imagine que tu es derrière moi, que tu vas me surprendre et enserrer ma taille pour me soulever en me faisant tournoyer comme tu aimes tant le faire.

Bon ! La nuit commence à tomber, tu ne rentreras pas aujourd’hui…trop occupé…trop de travail. Ça ne fait rien , va ! Je reviendrai demain, je rachèterai de la crème.

 
    Je regagne doucement mon logis,
    D’un pas lent et affaibli.
    Mon fils n’est pas rentré,
    Mais il ne va pas tarder.

 

 
 
 
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